Punition collective ou individuelle ?
Extrait de la circulaire 2004-176 du 19 octobre 2004 (B.O. n°39 du 28/10/2004)
La circulaire n° 2000-105 du 11 juillet 2000 a précisé les grands principes juridiques qui s’appliquent aux punitions scolaires et aux sanctions disciplinaires à l’intérieur de l’établissement scolaire soumis, comme toute organisation, aux règles du droit.
Toutefois, le caractère spécifique de l’acte pédagogique et des missions des enseignants implique que l’autorité de ceux-ci soit respectée partout où elle s’exerce. Aussi est-il entendu que, lorsque son autorité est remise en cause par des actes fautifs, inadaptés, contrevenant aux règles fixées pour atteindre les objectifs assignés aux apprentissages scolaires, l’enseignant peut décider des punitions qu’il prendra pour assurer la poursuite de sa mission. Il en informe le chef d’établissement. La punition sera d’autant mieux suivie d’effets que les parents auront été avisés et convaincus des motifs de celle-ci.
S’il est utile de souligner le principe d’individualisation de la punition ou de la sanction, il faut rappeler qu’une punition peut être infligée pour sanctionner le comportement d’un groupe d’élèves identifiés qui, par exemple, perturbe le fonctionnement de la classe. Par ailleurs, dans le cadre de l’autonomie pédagogique du professeur, quand les circonstances l’exigent, celui-ci peut donner un travail supplémentaire à l’ensemble des élèves. Ce travail doit contribuer à trouver ou retrouver des conditions sereines d’enseignement en même temps qu’il satisfait aux exigences d’apprentissage.
La punition individuelle
Il est clair qu'elle prenne la forme d'un châtiment physique n'est pas une réponse adaptée, car le risque est grand que l'effet soit l'inverse de celui escompté. Souvent, l'élève rebelle marque son territoire en défiant l'autorité de l'enseignant, et en montrant du même coup aux autres qu'il ne craint pas d'être puni par un adulte, qu'il peut encaisser sans se plaindre même. Par conséquent, il devient au yeux de tous celui qui peut mener le groupe, celui auquel tous doivent du respect.
Doit-elle être systématique quand la situation est de nature, à favoriser l'ouverture du dialogue avec l'élève, à mener à la compréhension de son message, et par là même, à donner la possibilité d'user de l'influence qu'il exerce sur le groupe.
Punir peut être interprété comme rater une occasion d'assoir son autorité. Si cela avait été la solution, aurait-on à punir le même élève une nouvelle fois ?
Il vaudrait certainement mieux quand c'est possible, réduire la distance qui sépare les deux générations, s'intéresser à ce qui l'intéresse au lieu de le lui renvoyer au visage sous forme de mépris, et dans une certaine mesure en faire un complice, une aide non négligeable dans le maintien de la discipline au sein de la classe ?
Il n'est pas question de flatterie, mais bien de tactique pédagogique qui peut donner de meilleurs résultats que la punition à laquelle le plus souvent le parent n'adhère pas quand bien même il est convaincu des motifs.
L'élève modèle
La punition est davantage efficace en réponse à un quelconque " égarement " de l'élève modèle, car il aura vite fait de reprendre ses esprits. Ici, la forme doit être pédagogique pour qu'elle soit utile. Quel a jamais été l'intérêt de recopier bêtement une phrase fustigeant un comportement répréhensible ? A-t-on jamais été convaincu des bienfaits de ce que nous percevons nous parents comme une absurdité ?
Le problème pour les enseignants adeptes de cette pratique est que cela les obligerait sans doute à accomplir un travail supplémentaire de correction dont ils se seraient bien passé.
La punition collective
Que celui qui trouve juste d'être puni pour une faute qu'il n'a pas commise lève le doigt !
Que dire encore de l'élève pénalisé de n'avoir pas dénoncé celui qu'il n'a pas vu agir ? Comme souvent, l'argument est tout trouvé pour l'enseignant, même lorsqu'il est utilisé à titre de menace : puisque personne ne veut parler, vous êtes tous privés de récréation !
S'il fallait que la justice condamne ainsi tout citoyen dont la seule faute a été de ne pas avoir vu le coupable, que dirions-nous adultes de cette justice ? Pourquoi donc vouloir faire avaler la pillule à l'école ?
Comment pourrait-on faire admettre au parent qui s'attelle à longueur de journée à la bonne éducation de son rejeton, que celui-ci a été puni parce que d'autres que lui ont fauté ?
Sanctionner collectivement, c'est mettre sur le même pied d'égalité coupables et non coupables. Toute situation d'anormalité provoquée par un groupe d'élèves doit donner lieu à une peine à l'encontre de ces mêmes élèves et non à l'encontre de toute la classe. Sinon, pourquoi ne pas récompenser l'ensemble des élèves quand seulement un groupe dynamise la classe ? Encore faudrait-il récompenser ce dernier, ou admet-on simplement qu'il doit considérer comme une récompense de ne pas être réprimandé ?